04/02/2007

L'arnaque du gratuit de David Victoroff

Plutôt que le mot "gratuit", il serait plus honnête d'afficher la mention "payé par les autres"

La promesse “Demain on rase gratis” n’est plus réservée aux seuls hommes politiques. C’est devenu le modèle économique auquel aspirent un grand nombre de Français. Dernière illustration de cette tendance, la décision des maires de Drancy et du Bourget de rendre gratuite la cantine pour les élèves de leurs communes. Le succès est immense : 900 élèves de plus fréquentent les réfectoires. Les cuisines sont débordées, les capacités d’accueil dépassées. Résultat : il va falloir investir. Gratuitement ? Non, bien sûr, la note va se retrouver dans les impôts locaux.
La culture de l’Internet a popularisé l’idée de la gratuité. L’un des fournisseurs s’appelle d’ailleurs Free (“gratuit”, en anglais). Aujourd’hui, fleurissent sur les murs des offres commerciales alléchantes où figure en gros le mot “gratuit”, assorti généralement d’un astérisque renvoyant aux conditions de l’offre écrites en caractères illisibles. À la sortie du métro sont distribués des journaux “gratuits”.
Raison de plus, pour les défenseurs de la veuve et de l’orphelin, de revendiquer la gratuité pour toutes les prestations vitales, au minimum en faveur des nécessiteux. Ainsi l’eau, bien naturel, devrait être gratuite, au moins dans le tiers-monde. L’enseignement, fondement de l’idéal républicain, doit lui aussi être gratuit. L’accès à la santé doit évidemment aussi être gratuit. La CMU n’est que le début de cette revendication. Toute tentative de faire payer quelque service ou quelque bien indispensable tombe sous l’accusation de marchandisation des ressources naturelles et des biens culturels et d’assujettissement à la loi du libéralisme sauvage.
La gratuité devient le prolongement naturel du “droit à” sans laquelle celui-ci resterait lettre morte pour les insolvables. Ainsi, le droit au logement débouchera sur le logement gratuit.
Pourtant, qui, parmi ceux qui revendiquent la gratuité, accepteraient de ne pas voir leur travail convenablement rémunéré ? En même temps que les cantines scolaires de Drancy devenaient gratuites, les agents techniques communaux se mettaient en grève à l’appel de la CGT pour réclamer une prime de 200 euros. Si la gratuité est une revendication pour les services que l’on consomme, elle ne l’est pas encore pour ceux que l’on produit.
Plutôt que le mot gratuit, il serait plus honnête d’afficher la mention “payé par les autres” ou “payé par vous autrement” ou “pris en charge par”. Cela ferait sans doute réfléchir ceux qui se laissent berner par ce mirage. Ils se demanderaient alors qui supporte les coûts et si cela ne présente pas certains inconvénients pour eux. Ainsi, les services Internet et la presse gratuite sont payés par la publicité dont le prix est répercuté dans celui des produits et services payants, qui peuvent s’avérer tout aussi nécessaires que ceux qui sont gratuits.
Les prestations sociales et les services publics gratuits sont assumés par la solidarité nationale sous forme d’impôts et de cotisations qui servent à la payer directement ou à rembourser les emprunts destinés à financer les déficits. Il n’existe pas de biens et de services gratuits, seulement des transferts de charges entre ceux qui paient et ceux qui consomment. Au lieu d’être assistés, les Français devraient plutôt souhaiter payer le juste prix et exiger d’être mieux servis.

Article trouvé sur le site du magasine "Valeurs actuelles"

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